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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 07:07

Au petit matin, le ciel est toujours plombé... Mais notre moral au beau fixe. Le copieux déjeuner y est peut-être pour quelque chose. Départ pour une autre curiosité de la ville  qui, ça tombe bien, est sur notre chemin. Mais avant toute chose, arrêt essence, les montures ont soif.

- Non, Régine, t'as pas donné l'argent pour ma pompe, annonce Bruno, son mari ,qui attend toujours que se débloque sa pompe. Un autre, que je ne nommerai pas, a déjà fait le plein !

Pour ma part, la moto est toujours dans le même état ! La concession Harley était fermée hier soir et ce matin, dimanche, c'est jour du Seigneur ! Débrouille toi  ! En tout cas, visiblement le divin écoute ses ouailles et m'a oublié. Je me débrouille donc...

Après la Deuxième Guerre Mondiale, des fortunes ont éclos  grâce à l’industrie de l'hélium. L'un de ces nouveaux milliardaires, Stanley Marsh, désira une sculpture originale sur son ranch et en confia la réalisation à un groupe de trois artistes californiens. L’oeuvre est aujourd’hui connue dans le monde entier, dix Cadillac plantées le nez dans le sol, toutes légèrement penchées de façon parallèle. En quittant Amarillo par l'interstate 40, qui emprunte ici les tracés de la 66, depuis 1974, il est impossible de les ignorer. L’idée - qui donne un peu de charme et de vie à cette "sculpture" – est que quiconque est invité à venir décorer de graffitis ces carcasses aux couleurs flamboyantes. Il suffit de quelques bombes de peinture pour participer à un happening artistique, toutefois très temporel, car, régulièrement, les carrosseries sont « réinitialisées » d’une couche uniforme. Il vaut mieux se munir d’un appareil photo si on désire conserver quelques traces de sa participation à l’œuvre.

Après avoir quitté Amarillo, nous roulons enfin sur l’asphalte de la 66, « The Main Street Of América » comme l’appelait son géniteur, Cyrus Avery . La magie opère aussitôt, avec la vision fugitive de quelques « trous perdus», Soncy, Bushland, Wildorado, Everett… et ces enclos à bétail gigantesques. Je ne peux m’empêcher de chercher le théâtre des exploits des seringues à hormones.

Epaves

L’Amérique est bien le royaume de l’automobile. Le nombre d’épaves abandonnées le long des routes est immense. Cela donne une idée saisissante des aberrations de la société américaine. La civilisation de la consommation est ici poussée au paroxysme puisque la récupération n’est même pas effectuée, ne serait-ce qu’à des fins esthétiques. La beauté des paysages souillés par ces tas de ferrailles rouillées a peu de poids face au dollar. Elle ne peut justifier le coût qu’entraînerait leur enlèvement. L’une de ses voitures abandonnées présente pourtant un certain charme en me rappelant la maison de Dali. Bien entendu, Il ne s’agit pas d’une barque percée en son cœur d’un arbre planté comme celle que le peintre a placé devant son domicile de Portlligat près de Cadaquès, mais d’une voiture. Ce n’est pas l’effet d’un acte artistique, mais celui, gratuit et surréaliste, de la nature ; une variété d’épicéa émerge en toute vigueur du capot d’une Chevrolet Impala rose et blanche. Ici, un tacot pourri d’okie, là un pick-up rouillé de redneck… Tous ces véhicules abandonnés, ces épaves et les ruines de leurs temples – stations services, bars et restaurants abandonnés, y compris certaines routes défoncées, montrent les signes d’une liturgie en dégénérescence. L’impala crucifiée par l’épicéa est le signe de sa décadence… Paradoxe temporel ou prémonition, depuis quelques mois, Général Motors est à l’agonie.

Nostalgie

Celle qui fut la première route trans-continentale goudronnée des Etats-Unis est aujourd’hui délaissée. Les transporteurs routiers, les commis voyageurs et même les automobilistes prudents ou pressés utilisent plus volontiers les autoroutes plus confortables, plus rapides et moins dangereuses. Du coup les petits patelins le long de la 66 se sont reconvertis dans l’exploitation de la nostalgie des années 50. Dès lors, la route est devenu le couloir d’un musée à ciel ouvert présentant des stations services aux pompes à essence rouillées qui murmurent, taquines, le prix ridicule d’un gallon à une époque insouciante et fantasque. Ailleurs des drugstores et des General-Stores, tous plus kitsch les uns que les autres mais communément auréolés de parkings où somnolent de vieilles voitures vintage. Peu de badauds sinon quelques réfugiés hispaniques qui font penser que Cuba n’est, après tout, pas si loin.








Les gens qui vivent sur la route sont tout autant des gardiens de musée que des professionnels du tourisme. Et peu importe qu’ils s’affichent comme mécanicien ou barman, personne n’est dupe. Alors aucun scrupule à jouer ce jeu et pour se mettre dans l’ambiance, on appelle invariablement le « King » - même s’il n’est guère audible sur nos Harley ! - ou mieux encore, le thème de la route par Nelson Riddle. Restent les costumes de cow-boys dont nous traversons le royaume : ce folklore affiché par chapeau, bottes et foulard serait de rigueur si la nature des lieux n’en justifiait sinon n’en exigeait le port, ce qui n'est bien évidemment pas le cas aujourd'hui. N’oublions cependant pas qu’il vaut mieux que le chapeau soit sur le casque et non l’inverse !


On traverse la « ranch town » autrement connue sous le nom de Vega. Nous la laissons sur la droite en direction de Dalharts que Kerouac surnomme « la boite à biscuits vide ». Le Dot's Mini-Museum, dans le genre n’est pas mal non plus...



 

 

 

 

Sur la route, parfois quelques antilopes... Le ciel se dégage petit à petit. le beau temps nous semble promis.

Nous arrivons enfin à Adrian. Patelin ridiculement minuscule et sans grand intérêt si ce n’est son statut de « midpoint of the road c'est-à-dire, le milieu de la route , à mi-chemin entre Chicago et Los Angeles. L'arrêt au café est par contre chaleureux. 18 pilotes de Harley dans la boutique, tous européens ! A notre départ, quelques clients américains ont chanté la Marseillaise. Sympa !







  Dominique ne voulait rien savoir et restait scotché sur son marchepied. Il sera donc sur la photo !

Dans un style plus classique que le parc des Cadillac, une oeuvre moins inspirée mais une surprise, la BNP serait connue même ici. Ca alors !

  • - Mais si, là, au milieu, en noir, tu vois pas ?
  • - Ah oui, mais pourquoi, on lit mieux Paribas que BNP ?
  • - Quel mauvais esprit !

 Gruhlkey, Boise, petits patelins le long de la voie de chemin de fer, perdus dans la plaine désolée. Un train gigantesque nous croise et nous salue d''un long coup de sirène. Cela me rappelle la splendide photo de Cartier-Bresson.

Rien n’a changé, si ce n’est l’aspect des épaves et des trains. Pourtant plus de 50 ans ne sont écoulés.

Il fait maintenant beau et c'est un vrai bonheur de rouler. Pourtant les portions de la 66 sont courts. Il faut savoir les apprécier pleinement avant d'aller affronter quelques monstres qui ne prennent même pas de repos le dimanche.








Glenrio Connu pour son Little Juarez Café et son First/Last Motel appelé ainsi car on quitte ici le Texas. Un arrêt rapide pour le réglage des montres n'est pas prévu. Certaines jubilent en gagnant une heure. Ma propre exaltation est due aux regards que je porte au désert qui nous entoure. Il faut quitter le tracé originel de la 66 qui n’est plus que nids de poule, tapis de gravillons et fondrières sur près de 30 kilomètres.








A Bard, Sam Shépart écrivit « tu roules et tu roules et tu seras encore au Texas ce soir ». Ce ne sera pas notre cas car à Bard on entre dans l’état du Nouveau Mexique.

San Jon puis Tucumcari. Ce nom viendrait de l’association des noms d’un couple apache " Tokom " et " Kari " à l’amour contrarié. Kari, fille du chef Wabtomak, était amoureuse de Tokom dont elle était la maîtresse. Mais un autre brave ne voulut rien entendre. La promesse paternelle d’attribuer sa fille au plus valeureux des braves de la tribu devait être tenue. Le combat entre Tokom et lui devait avoir lieu. Le désastre était écrit. Tokom fut tué. Kari alors, folle de douleur, se précipita sur le vainqueur, lui plongeant un couteau en plein cœur, puis s’immola. Cette légende par son côté vain est prophétique, car les traces apaches ont bien disparues. En fait, les touristes qui viennent ici le font spécialement pour venir piétiner le sol de la gare, ou Lee Van Cliff, arrête le train, dans "Pour quelques dollars de plus". De fait, la star de Tucumcari est la gare, qui fit de cette bourgade, la plaque tournante du commerce à destination des cow-boys. En ce qui nous concerne, nous sommes comme eux, en attente de choses plus consistantes… Il est l’heure de déjeuner ! Direction le « Kix on 66 ».








avec obligatoirement un "Route 66 Kix Burger" à 7 $ 66 (ce sont les  cents qui comptent) ! Un repas très agréable et un magnifique soleil. Tout cela nous met en joie. En sortant on découvre un motel abandonné. Je mettrai les photos en ligne plus tard... Signaler quand même la phrase du jour de l'un des convives "les hommes  et les femmes n'ont pas la même chose"...








Allez, il est temps de repartir... Montoya Un petit arrêt essence dans une petite ville au charme très western qui possède un vieux « Boot Hill Cemetery ». A l’époque, alors que les règlements de compte aux 6 coups étaient la seule loi en vigueur, on ne faisait pas grand cas de l’enterrement. Un trou, le jet du corps, tout habillé et botté, un peut de terre, une croix sommaire et un « Avé Maria » baigné de crachats... Quelques années plus tard, les bottes étaient alors ce que l’on trouvait aisément lorsqu’on binait la colline !

Newkirk. Et toujours l’immense prairie dont les fermes en ruine n’effacent pas la désolation. Aucun peintre n’a aussi bien rendu le vide des grandes plaines américaines qu’Andrew Wyeth.

On reprend la route... les paysages deviennent grandioses petit à petit. La prairie cède le pas aux collines sèches et rocailleuses vénées de saignés de roches brunes et noires. C'est maitenant un bonheur de rouler sous le soleil retrouvé. A Santa-Rosa, on entre dans le monde latino. L’architecture est sans ambiguïté. En principe, visite du 66 Auto museum, mais avant tout, recherche de la spécialité gastronomique de coin, les « cinamonn rolls », des biscuits roulés à la cannelle, que l’on trouvera en vente au Club Café. Maintenant, on en trouve aussi en stix ! Mais pas le temps. Il faudrait arriver à Santa Fé avant 17 heures si je veux que l'on me répare la moto. En route ! 

Véhicules

Paradoxalement, il est un film qui vient aussi à l’esprit lorsqu’on traverse sur la 66 ces grandes plaines désertiques. Je ne pense pas aux innombrables westerns qui immortalisèrent les lieux, mais, plus en rapport avec l’expérience que nous sommes en train de vivre, au dessin animé des studios Pixar, « Cars ». Tout est là sous les yeux… la vieille Dodge poussiéreuse, abandonnée sur le champ et réveillée par le vrombissement de la petite Mazda « McQueen » filant dans un nuage de poussière sur la route. Je n’ai pas traversé la petite ville perdue de « Radiator Springs », mais j’ai bien rencontré, Martin (la Chevrolet de remorquage), Sally (la petite Porsche 911), Doc Hudson (un Hudson Hornet de 1951), Ramone (l’Impala de 1959) et Flo, Sergent (la Jeep) et Fillmore (le van VW), Chick Hicks (la Buick Regal), le King (Plymouth Superbird 1970). Les seuls que je n’ai pas vus étaient Guido et Luigi (la petite Fiat 500 des années 60).

Quelques miles après Santa-Rosa, avant Clines corners, on quitte la 66 pour la 84 en pénétrant alors dans une région de « paysage aux courbes féminines de bentonite, des collines d’argile douve aux reflets verts et bleus, des badlands à moitié dissimulés par des éboulis de roches rouges, abruptes et anguleuses, chues des falaises en surplomb, les grandes parois de grès navajo et windgate poli par le vent, ornées de coulées d’eau qui dessinaient sur leur patine sombre autant de motifs ornementaux » (Doug Peacock). On passe au dessus de la Pecos River souvent coloré de rouge tant elle charrie de la terre.

Cette route est absolument splendide. De nouveau des antilopes sur les coteaux. La terre saisie toutes les couleurs du soleil  couchant. Nous vivons un rêve !

Nous débarquons sur la 85, antérieurement connue sous le nom de « Old Las Vegas Highway » - Las Vegas du Nouveau Mexique, et non son homologue bien plus connue du Nevada. Puis Rowe, Glorieta au cœur de la Santa-Fé national Forest. Nous empruntons enfin la Old Pecos Trail qui pénètrent dans Santa Fé. D. H. Lawrence est passé au coeur des étendues de buffalo grass, aujourd'hui jauni par l'été brûlant. Il pensait que l'air sec du Nouveau Mexique soulagerait ses pouvons malades. Il s’installera finalement plus au sud à Taos. Frieda l'accompagnait. Je me demande bien dans quel état d'esprit elle supportait ce voyage au pays des bouseux, elle qui, née Von Richthofen, était issue de la noblesse allemande. Ils rencontrèrent le poète Witter Binner à Santa-Fé et de cette rencontre Binner, allait en fit un livre « Journey with Genius ». Pour ma part, je regrette de ne plus pouvoir rencontrer l'auteur aux vieilles racines françaises, Oliver La Farge, qui demeura ici et dont un livre de ma jeunesse, publié, me semble-t-il dans la collection des deux coqs d'or, me fit découvrir la grandeur de la culture amérindienne. Il guida Frédéric Jacques Temple dans les années 1960. Il a rejoint peu de temps après le grand Wacondah !

Nous sommes arrivés. Hôtel Sage Inn, pas mal. Le soir restaurant "The Railyard" et ce menu préparé spécialement pour les "BNP French Bikers":

Chilled Gazpacho (ou) Baby Greens salad

Grilled Half chcken (ou) Saered Salmon (ou) Grilled Sirloin Steak

Molten Chocolate Cake (ou) Creme Brulée

Et enfin, la possibilité d'avoir de la viande saignante... Délicieuse de fait. Allez j'arrête là. D'autant que j'ai un jour de retard.

Mais pour finir une magnifique photo pour prouver qu'Aimcy est bien sur la moto, son reflet dans un casque d'or (c'est vite dit, je vous l'accorde).




 

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Published by Patrick - dans Chautauqua
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commentaires

William 07/02/2010 18:54


A propos de l'allée des cadillac du collectif Ant Farm, Arman a repris l’idée en 1982 dans son œuvre Long Term Parking, réalisée pour le parc de la Fondation Cartier de Jouy-en-Josas, Là, ce n’est
pas 10 véhicules une soixantaine de voitures empilées dans une gangue de béton. Il me semble qu’il y en a d’autres. Je pense notamment d’une accumulation de coccinelles
J'aurai bien aimé rajouter ici une photo de l'oeuvre d'Arman, mais les commentaires ne le permettent pas. Désolé...


olivier 18/09/2009 19:10

Je crois reconnaitre l'écriture "PARIBAS 2009" et, "effectivement il vaut mieux se munir d'un appareil photo si on désire consever quelques traces ..." isn't it ?!
Bisous

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