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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 06:47
Au petit matin, nous n'avons pas quitté Gallup qu'un arret essence indispensable nous met tous les sens en éveil. Que va donc oublier Régine cette fois-ci ? Hier, c'était le casque.
Au sud de Gallup se trouve le Zuni Pueblo, l’un des plus grands pueblos du Nouveau Mexique. Nous ne le ferons pas, la journée est très chargée. C'est sans doute le parcours de la 66 le plus aléatoire. Allison, Mentmore puis Manuelito. Nous quittons le Nouveau Mexique pour pénétrer en Arizona.
Lupton ; la journée est trop avancée pour trouver des groupes d’hispaniques faisant le pied de grue sur des parkings, dans l’attente d’une offre d’emploi. De toute façon, ces groupes sont de moins en moins nombreux. A moins qu’ils ne se cachent. De plus en plus de comtés de l’Arizona appliquent depuis quelques mois stricto sensu la nouvelle loi de l’état d’Arizona faisant de ces travailleurs clandestins des « co-conspirateurs ». Le gouverneur avait sans doute marre d’attendre que Washington clarifie les lois sur l’immigration. Du coup, ici on les chasse sans aucun état d’âme. Et ceux qui auraient la velléité de les faire travailler encourent de sérieux risques de fermer boutique. De ce point de vue, le Sud n’a guère changé. La chasse au négro a juste cédé la place à celle du latino.
Allenton, Senders, Chambers, Navajo, les patelins passent sans lancer la moindre oeillade au passant. Pas de charme, pas de vie, pas la moindre accroche de l'oeil. La 66 se réduit à des portions que l'on s'entête à prendre lorsque c'est possible. Sur l'un d'entre eux, nous roulons sur ni plus ni moins qu'un lit de sable. Nous le pensons solide, tassé par de nombreux véhicules jusqu'à ce que Serge plante sa roue droite dans une ornière masquée. La Harley tombe à la renverse jetant au sol son équipage. Brigitte n'a rien, Serge a le menton endolori. Aimcy, plus rapide qu'un 6 coups a déjà en main la trousse de secours. On ressort la moto du sable, Serge est surnommé Stéphane Peterhansel et on décide d'abandonner ce tronçon et de reprendre l'Interstate 40. D'autant qu'elle ne présente aucun interêt. la 40, la 6 et la voie de chemin de fer tracent leur ligne sur une plaine morne et pelée. Les quelques reliefs sont plus loin, inaccessibles.
Notre destination de la matinée est annoncée, « The petrified forest national park »  Il s'agit de la réunion en fait de 2 parcs, jonction du painted desert, sables colorés avec des vues magnifiques, et de la petrified forest. Il y a 225 millions d'années, une forêt a été noyée par l'eau. La conjugaison de cette eau et du sable, dont Serge a pu apprécier les qualités, a produit des réactions chimiques qui ont pétrifié le bois pour donner des pierres de couleurs variées : violet et vert pour le jaspe, jaune, cristal et marron pour l'agate. Mais pour l'instant nous sommes subjugés par ce désert présentant tant de couleurs et de volumes variés.

Après un arrêt photo, une sirène rugit derrière moi. Coup d'oeil dans le rétro, un véhicule de cops. Je m'arrête aussitôt. Le flic s'arrête derrière moi et m'intime l'ordre au haut parleur de couper le contact et de ne pas descendre ni bouger. La totale quoi ! Aimcy derrière moi de ne souffler "mais qu'est-ce que t'as fait". Comment veut-elle que je le sache ? Peut-être mon  faciès, rouge au demeurant ce qui n'est pas bien vu chez les cow-boys. Le flic est descendu. Il s'avère qu'il s'agit d'un ranger, une race apparentée au flic, en un peu moins civique ou, si l'on veut en un peu plus sauvage. Il veut mes papiers. Je lui dis qu'ils sont dans le top case. Il recule alors de quelques pas, pose sa main juste au dessus de son colt et me demande de descendre. Pourvu qu'on ne rejoue pas règlement compte à Painted Désert. Régine là dessus s''avance pour  filmer la scène et déclenche les foudres du Ranger. C'est pas possible, elle veut me faire descendre !!!!
Finalement, après avoir emporté mes papiers dans son véhicule et bavassé avec je ne sais qui, il revient me faire la morale, ou plutôt me faire le sempiternel discours sur l'importante stupidité des règles qui prennent le pas sur l'esprit, en l'occurrence, sur le stop glissé que font tous les motards... Demande-t-on aux automobilistes d'ouvrir la portière et de poser le pied par terre ?
Après son discours lénifiant, et mes plates excuses, oui oui j'ai bien tout compris de l'importance du pied au sol lors d'un stop. Oui, mon commandant, je vais rappeler à tous mes camarades du groupe, l'importance d'appliquer cette réglementation judicieuse... etc... Et il me laisse partir. Ouf !
Un peu plus loin, après avoir posé plutôt 2 fois qu'une les pieds au sol à chaque stop, nous pénétrons dans la partie de la forêt pétrifiée. Le parc permet d'approcher de troncs extraordinaires. Difficile de ne pas songer à ce que disait Conrad « avec leurs multitudes d’arbres séculaires qui considéraient patiemment ce misérable fragment d’un autre monde avant-coureur de changements, de conquête, de négoce, de massacres, de bénédictins ».



Nous traversons aussi une zone de «  mauvaises terres » colorées par le fer, le manganèse et d'autres minéraux avant de regagner la 40 et reprendre notre recherche de la 66. Mais, une fois de plus, nous sommes en retard. Il est déjà plus de 14 heures lorsque nous atteignons Holbrook ou nous devons déjeuner d'un saumon, archi cuit et de riz réchauffé...

Voous noterez le chapeau hors contexte de notre chauffeur guide.

Lorsque les deux compagnies Atlantic RailRoad et Pacific RailRoad se rejoignirent enfin (1881), on fêta le directeur du projet, l'ingénieur Henry R. Holbrook. Une ville fut fondée et on la baptisa de son nom. Elle allait être au cœur de l’histoire du far-west. Un épisode fameux de l’histoire des Outlaws s’est déroulé ici, la fusillade entre le sheriff Perry Owens et la bande de Blevins en 1888. Eclipsé par le célèbre « règlement de compte à OK Corral », il n’en demeure pas moins une légende l’Ouest. En voici l’histoire
A l’époque, une guerre de gang meurtrière faisait rage entre éleveurs de bovins et de moutons. La bande de hors-la-loi la plus connue du comté dont Owens avait la charge était celle des Blevins. Elle sévissait pour le compte de l’éleveur Graham dans une lutte sans merci contre la famille Tewksburys, propriétaire de troupeaux de moutons. En septembre 1887, Owens tenta de soumettre ces hors-la-loi, menés par un homme appelé Andy Blevins que ses demi-frères secondaient. C’étaient des voleurs de bétail soupçonnés de plusieurs meurtres.
Le 4 septembre 1887, Owens, pénétrait sur la propriété de Blevins d’Holbrook, Il venait réclamer un impayé à l’un des membres de la bande, un certain Andy Cooper. Connaissait-il le nombre d’occupants qui était cette après-midi là derrière le porche qu’il frappait ? Outre Cooper, il y avait en fait John Blevins, Samuel Houston Blevins, Mose Roberts, un oncle  et la mère des Blevins, la femme de John Blevins, Eva, une certaine Amanda Gladden, des amis, et plusieurs enfants. En tout, douze personnes. Comme tout représentant de l’ordre, Owens tenait au creux du bras une Winchester. Cooper ouvrit, un pistolet à la main. Owens ne fut pas surpris, et le braquant, il lui demanda de sortir, les mains en l’air,
- T’es en état d’arrestation. Voici le mandat d’arrêt.
Cooper tenta alors de refermer la porte. Owens se précipita, lâchant sa carabine, il l’attrapa par le gilet, et tout en tirant hors de la maison, il le frappa à l'estomac. Une détonation retentit. John Blevins venait de tirer sur le shérif par une fenêtre. Il le manqua. Le cheval de Cooper, qui était attaché à un arbre dans la rue, gisait au sol. Owens se tournant vers cet assaillant impromptu tira à son tour, blessant John Blevins au bras. Le sheriff s’était déjà précipité dans la rue afin d’avoir une vision de tous les côtés de la maison. Un des hommes de Blevins, Mose Roberts, avait déjà sauté d'une fenêtre et se précipitait sur le shérif. Mais il s’affala aussitôt sur le sol une balle lui traversant le corps. Owens rechargea sa Winchester. Un lourd silence venait de s’installer. Puis la porte d’entrée grinça. Samuel Houston Blevins, repoussait le corps d’Andy Cooper, mortellement blessé. Sa mère tentait bien de le retenir à l’intérieur, mais rien n’y fit. Dans la fougue de sa jeunesse – il n’avait que 15 ans, Samuel sortit. Voyant le jeune homme venir à lui, un colt à la main, Owens fit feu une fois de plus, blessant mortellement Samuel sur le coup. Le jeune homme trébucha, la mère se précipita et dans une ultime étreinte maternelle, Samuel expira. La fusillade avait pris moins d'une minute !

On n'aurait pas du manquer le Santa Fe dépôt et le seau du Blood Saloon.  Mais bon, "on est pas rendu" comme dirait Bourvil. Allez, quittons
Holbrook, avec regret d'ailleurs car elle a conservé pas mal de traces architecturales - oui je sais, c'est un bien grand mot - de ce passé far west.

Peu après, Joseph City, puis le célèbre Jackrabbit ("Here It Is" Trading Post) on se demande bien pourquoi...
On arrive ensuite à Winslow qui n’est pas n’importe quelle bourgade de l’ouest américain, du moins dans la mythologie mormone. Ici décéda, une sainte femme chère aux évangélistes des Saints des Derniers Jours. Mais pour vous en parler, il faut que j’anticipe ma narration des lieux en remontant dans l’histoire des explorations du Colorado.
Il fallu attendre 300 ans après l’arrivée des espagnols avant que le Colorado et son principal affluent, la Green River, aient été entièrement explorés. Ce fut l’oeuvre en 1869 du géologue américain John Wesley Powell. Au cours de cette expédition, Powell et son groupe furent les premiers à traverser le Grand Canyon. Nous connaissons le périple de cet exploit car John Wesley Powell en rédigea la relation publiée en 1875. Je vous en reparlerai lorsque nous y serons. Powell refit une seconde expédition incomparablement plus riche en logistique en 1872. A son terme, un premier groupe où figurait Powell arriva à Kanab en novembre. Ils n’étaient que quatre car le reste du groupe était à Rock House à environ soixante miles d’ici. Après avoir descendu le Colorado depuis Green River City , ils venaient juste de franchir le bac Lee’s Ferry. C’est à ce bac Lee’s Ferry que je voulais en venir, ou plutôt à celle qui en assurait le service. Il était en effet tenu généralement par Emma Louise Batchelor Lee French, une figure incontournable de l’histoire du Far West.
Emma Lee est arrivée de la côte est des États-Unis, avec un groupe de mormons dont elle partageait les convictions. Elle était sur un chariot qu’elle dirigeait seule comme tant de pionniers. Mais elle se distingua rapidement en soignant et en sauvant nombre d’entres eux dans un voyage particulièrement éprouvant ou moururent plus de 150 pionniers.
Arrivé à Salt lake city, elle rencontre John Doyle Lee, un homme influent de la communauté des mormons. Ce fut d’ailleurs, Brigham Young, le responsable de l’implantation des mormons ici - autre grand personnage de l’Ouest américain - qui maria le couple le 7 janvier 1858. John Doyle Lee n’était cependant pas quelqu’un de très clair. Il était notamment soupçonné d’avoir participé au massacre des 140 immigrants à Mountain Meadows et c’est notamment pour répondre de cette accusation, qu’il fut poursuivi par les fédéraux pendant près de vingt ans.
A la suite de ces accusions, aggravé par un certain George Hicks, un chroniqueur de la bourgade Harmonie dans l’Utah, l’église mormone excommunia en 1870 John Doyle Lee. On lui attribua alors une tâche rédemptrice, l’établissement d’un bac sur le Colorado, près de la frontière entre Arizona et Utah. C’est là qu’Emma rencontra le major Powell et qu’elle soigna et sauva le photographe James Fennesmore d’une mort certaine. C’est donc en partie grâce à elle que nous sont parvenues les photographies de lieux anéantis. En général Emma était seule. Bien que John fut l’exilé, Emma était la recluse ! Son époux, outre qu’il devait fuir ou se cacher, avait comme tous mormons plusieurs épouses et de nombreux enfants qu’il se devait d’aller voir et de leur consacrer quelques temps… Emma assurait donc le service du bac, tout en élevant ses propres enfants. En 1873, une tribu Navajos vint s’établir près de sa maison. Son chef était un ami de son mari. Aussi décide-t-elle d'aider les Navajos, qui lui en sauront gré. Plus tard cette année là, un nouveau né - une fillette - rejoignait ces rives du Colorado ; Emma donnant naissance à son sixième bébé. Son mari absent, c’est son aîné John Junior qui coupa le cordon ombilical.
John Doyle Lee fut finalement rattrapé par la police et tué lors d’une confrontation le 23 mars 1877. Deux ans plus tard, avec des enfants en bas age et économiquement dans le besoin, Emma Lee du vendre le bac pour 100 vaches laitière. Elle fut toutefois aidée par un vétéran de la guerre civile, Franklin French, qu’elle épousa finalement en 1879 à Snowflake (Arizona) avant que le couple ne s’établisse à Holbrook. Par la suite, ils s’installent dans les White Mountains, mais leur maison fut brûlée lors d’une attaque Apache in 1882. Emma ouvre alors un restaurant près des stations de gare des Chemin de fer de L'Atlantique et Pacifiques. Bien qu'elle n'ait aucun titre médical officiel, la population l’appelait Docteur French, du fait de ses capacités à guérir de nombreuses maladies. En 1887, elle s’installe à Winslow, où elle aide de nombreuses femmes à accoucher ou dans le besoin et notamment des Navajos et des prostituées. Elle poursuit son œuvre, malgré les drames familiaux qu’elle subit, le suicide de sa fille, Victoria Lee, ou le meurtre de son fils Ike par un homme tentant de séduire son épouse.
Début novembre 1897, alors que son mari est en expédition, elle a la prémonition de sa propre mort. A son retour, le 16 novembre, elle subit une crise cardiaque. Mourante, elle est portée sur son lit. A l’extérieur, une foule immense ou se côtoient bourgeois, Navajos, cow-boys entrepreneurs et prostituées, s’est rassemblée. Bon nombre pleurèrent sa mort. Ses funérailles fut le plus grand événement de la ville de Winslow de cette époque. Les citadins, les propriétaires de ranch, les indiens, les employés des chemins de fer se rassemblèrent pour lui rendre un dernier hommage. Même la compagnie de chemin de fer décréta un hommage posthume ; tous les trains traversant Winslow devaient s'arrêter quelques minutes, puis quitter la gare  à vitesse réduite sans utilisation des sifflets et cloches.
Le mythe du Far west est aujourd’hui bien loin. Emma aurait sans doute été oubliée par la population actuelle, si les mormons n’avaient entretenu sa mémoire. Mais tant de grâce, surtout lorsqu’elle est teintée de divin, inspire quelque méfiance de l’américain moyen. Les jeunes notamment préfèrent citer plus volontiers d’autres faits glorieux de la ville, tel celui du lieu ou le groupe californien Eagles composa le beau tube « Take it easy » qu’il n’est pas rare d’entendre lors de la traversée de la ville. On prend de l'essence. Régine ne se trompe pas, n'oublie rien, mais se perd dans la station !
Two Guns, ville fantôme ; Twin Arrows, ville fantôme ; Winona, jeu de cache-cache... Un dépôt d'alcool tenue par une indienne, prisonnière derrière un énorme grillage. Une voiture arrive devant ce commerce où la marchandise est cachée derrière des barbelés. La conductrice aborde Régine... Elle est complètement saoûle.
La route 66 n’est plus qu’un fantôme que quelques nostalgiques comme nous perpétuent. Nez collé au sol, on cherche le bitume originel. Parfois elle a tout simplement disparue. Certains tronçons du tracé original ont tout simplement disparus, ou sont interdit par des barrages. Il faut alors jeter les bécanes sur l’asphalte de l’Interstate 40. Pour compliquer les choses, son nom même change ; West 66 ou, dans l’autre sens, East 66, Highway 66. Dans les villes c’est pire. Ici, à Holbrook, elle s’appelle « Hopi Drive ». A Albuquerque, il fallait chercher « Central Avenue ». Auparavant, à Amarillo, la « 6th ». La palme revient à Tucumcari ou on l’a dénommée « Tucumcari boulevard ». Original, n’est-ce pas ? En fait pour s’y retrouver, on n’a pas d’autre choix que de rechercher la pancarte originale. Cela peut s’avérer une quête mythique dans certains quartiers urbains ou le nombre de panneaux publicitaires damne le pion à celui des habitants. Parfois la profusion même du sigle 66 assaisonné à toutes sortes de produits nous renvoie à nos chères études. Depuis 1985, la route n’a plus d’existence légale. Seules les revendications et la pression des associations de préservation de la 66 lui permet de survivre… Les rapports des américains avec leur maigre passé et leur courte histoire laissent malgré tout augurer d’un futur pérenne. D’autant que le tourisme y trouve son compte. Nous sommes bien placés pour le revendiquer.
- Et M… ! On s’est encore trompé ! Le panneau LEFT veut dire ne pas prendre alors qu’on n’a bêtement tourné à gauche !
- Je te l’avais dit ! turn right : tourner à droite, right, tout droit ; turn left, tourner à gauche et left, laisser !
- Turn pas la tête, je te prie et conduit au lieu de râler !
Depuis Holbrook, la 66 n’est plus que l’ombre d’elle-même. Son revêtement laisse de plus en plus à désirer. L’herbe, la terre et le sable la grignotent implacablement. Les éclatements du bitume lui donne une peau tannée et ridée. Parfois ses brutales disparitions inquiètent. La prudence est de rigueur lorsqu’on s’engage, surtout à deux roues, sur cette voie oubliée… The Mother Road fait alors penser à un spectre, qu’accentuent les villes fantômes telles que Two Guns ou Twin Arrow qui la bordent tels des croques morts, dans une immobilité lunaire et une silence pesant.
Saisissant raccourci que cette route symbole de l’Amérique. Tracée par des indiens et les premiers conquistadors espagnols, qui a vu penser tous les rêveurs de la conquête de l’ouest, ou souffrirent les indiens sur les pistes des larmes, qu’empruntèrent tant de vagabonds, de va-nu-pieds, de bannis et les chômeurs victimes de la crise de 39n ou d’autres, elle n’est plus qu’un musée désuet et souvent en ruine. Sa visite ne procure pas spécialement d’émotion visuelle, du moins sur cette partie plantée de paysages souvent ternes et lassants. Il s’agit plutôt d’un musée historique. Les pages que je vous délivre en sont d’ailleurs probablement le reflet. Et comme le montre si bien les Cadillac plantées dans le sol de Cadillac Ranch à Amarillo, la mère des routes est un ex-voto dédié au monde révolu de ces épave appelées lentement  à se fossiliser.  Plus romantique, Yves Berger écrit « Des ombres s’étendaient, longues et la vieille route 66 devant eux glissait dans l’espace rose d’un crépuscule où traînait le soleil, moins une route qu’un rêve mélancolique du passé ». Berger était un indécrottable sentimental, oubliant que le mythe de la frontière était surtout « un appel au crime pour l’âme corrompue » comme l’ont dit d’autres avant moi…
Le Walnut Canyon National Monument est bien évidement fermé lorsque nous l'atteignons. Ce sera la grande déception de ce début du voyage. Rater un village troglodyte construit dans les falaises du Canyon Walnut il y a 800 ans !!!
Du coup on  arrive plus tôt à Flagstaff, dans un hôtel vieillot, aux chambres  ridicules pour ne pas dire sommaires. Le bar est par contre au top et on s'y laisse aller.
On trouve dans tous les commerces qui bordent la route des exemplaires du « travel Coupon Guide ». C’est gratuit, il n’y a qu’à se servir. C’est intéressant à plus d’un titre car le voyageur dispose au sein d’une petite revue de la liste de presque tous les hôtels et motels classés par ville, ainsi que des coupons de réduction sur les prix. Si votre réservation dans l’un ou l’autre a déjà été effectuée, n’ignorez pas ce guide car vous y trouverez également tous les plans des villes de la région.
Nous sommes au coeur du pays de la Country Music, même si Merle Haggard, l’un de ses plus grands chanteurs compositeurs a du s’enfuir de Flagstaff poursuivit par des Hells Angels qui voulaient lui faire la peau. Cela se passait en 1957 et Merle avait 20 ans à peine. Il était à pied, en guenilles au cœur de l’hiver. Une période de muise pour lui. Larcins, prisons, évasions, cachetons… Sa rencontre plus tard avec Johnny Cash allait changer la donne !
Ce soir après le repas, il y aura un concert de country au sein même de l'hôtel. Je ne pense pas y assister, j'ai trop de retard dans ce blog, et il faut que je prenne des forces pour demain ou une autre aventure commence.
Ce voyage n’est pas seulement géographique. Nous passerons demain d’un extrême à l’autre ; du symbole d’une industrialisation moribonde qu’est la 66 aux « déserts de l’Ouest américain », champ de bataille d’Edward Abbey, l’un des écrivains phares du renouveau américain de l’écologie qui a défendu les espaces sauvages avec passion. J’aurai l’occasion d’en reparler lorsque nous serons au cœur de son territoire. J’aime bien retrouver dans la réalité des lieux que j’ai connu auparavant dans les livres, ou, plus rarement, dans les films. Ce n’est, bien évidemment pas, que le cinéma ait ignoré le sud ouest des États-Unis, bien au contraire, c’est que ma culture cinématographique est une peau de chagrin comparée à ma boulimie livresque.
Ici, ne nous leurrons pas, il vaut mieux se souvenir des images vues dans les salles de cinéma que des textes de revues, de guides ou d’œuvres littéraires.

Allez, bonne nuit !

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Published by Patrick - dans Chautauqua
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commentaires

motoblouz 30/12/2015 08:17

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