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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 20:06
Page : Le barrage hydro-électrique Glenn Canyon Dam fut construit en 1963. Il lui a fallu pas moins de 17 années pour remplir les 96 canyons qu’il noya. Déjà, à l’époque, l’ouvrage était controversé. Aujourd’hui, des milliers d'amateurs de sports nautiques ne se posent guère de questions et profitent des étendues d’eaux paisibles créées par le barrage. Bien d’autres – dont je suis – regrettent ce lac artificiel, car ses eaux ont modifié l'écologie de la région et submergé toutes traces de l’habitat de ses anciens occupants, de probables merveilles géologiques et morphologiques uniques au monde… Je ne peux m’empêcher de penser aux fonds rocheux submergés par les eaux du lac, aux traces des peuples disparus, aux merveilles géologiques englouties. A toutes les vies animales – et peut-être humaines - piégées par la montée des eaux. Au fond du lac, l'ancien lit du Glenn Canyon, mais aussi, sur ses anciennes berges, une histoire de la terre oubliée à jamais. J’ai entendu parler d’un livre qui retrace une des premières descentes de la Glenn River “Voyage avec Ralph Newcomb“. Je ne l’ai jamais trouvé. Même ce passé si récent semble avoir accompagné la mort silencieuse d’un fleuve majestueux et sauvage.


La croisière que nous effectuons sur le lac me fait d’autant plus regretter les barrages. Plein d’images me reviennent en mémoire. Je pense à la force et la puissance graciles des flots qui entraînent Christopher McCandless ou plutôt l’acteur Emile Hirsch, dans le film « Into the Wild » de Sean Penn . Ou encore, à la relation d'une des dernières descentes en eaux vives du Glenn canyon, ici même, qu'en fit Edward Abbey. Et aussi, à celle, plus au nord, du roman « Délivrance » de James Dickey. J’ai moi-même pratiqué cette forme de randonnée, silencieuse et discrète, ponctuée de brusques envolées excitantes. C’était sur l’Agout, un affluent sauvage du Tarn. J’aime l’eau vive. Et quand on l’a apprivoisée, elle réduit alors les lacs à de bien lassantes piscines.


Le Major J
. Wesley Powell, dont je vous parlais avant-hier, traça sur les lits tumultueux de ces rivières englouties, l'une des plus fabuleuses et dangereuses explorations fluviales. Bien que dramatique, cette expérience lui donna un amour de cette région dont son nom malheureusement porte le deuil car immanquablement associé au barrage qui l'a anéanti. Bien triste hommage dont le Major se serait bien passé. Le péché original se perpétue. La destruction aveugle par cupidité du monde sauvage n'est rien d'autre qu'une poursuite aveugle de l'arrachage de la  pomme originelle au sein du paradis naturel qui nous entoure... de moins en moins.
Quand les eaux sont hautes, il est possible d'accoster près du Rainbow Bridge, site sacré des indiens, cathédrale naturelle monumentale, qui, comme les oeuvres religieuses, se désacralise petit à petit devant la horde touristique. “le bridge ne sera guère plus qu'une curiosité géologique isolée, un prolongement de ce diorama de musée auquel l'industrie touristique tend à réduire le monde naturel (Ed. Abbey). Je suis heureux que le Raimbow Bridge ne soit pas sur notre chemin.

Après cette petite croisière dont le moindre intérêt fut d'entretenir une conversation que la réalité du voyage ne nous avait pas laissé l'occasion d'entreprendre, nous reprenons la route.


Tiens donc, nous sommes en retard ! La route puis Big Water. La route puis Kanab


L’origine de son nom est amérindienne et signifie saules en langue Paiute. En fait, nous sommes au petit Hollywood, du moins pour ce qui est du Western. Près d’une centaine de films, et le double de feuilletons télé ont été tournés ici. Les frères Parry (Whitney (Whit), Chauncey (Chaunce) and Gronway (Gron)) ont lancé cette place dans les années 30. John Wayne, Glenn Ford, Frank Sinatra, Charlton Heston ont depuis traîné leurs bottes dans ce patelin ridicule où nous déjeunons. La famille qui tient le  resto nous attend avec une impatience et une mauvaise humeur flagrante. On est, parait-il, en retard ! Mais leur attitude est telle qu'on est à 2 doigts de quitter les lieux. La mise en scène d'un « western » incongru avec indiens, filles de saloon, la cavalerie, le bon, la brute, et le truand, nous plonge dans une partie de rigolade qui fait oublier notre ressentiment. Et comme d'hab, je ne parlerai pas de la nourriture... Peu après Kanab, Moqui cave : une des œuvres les plus pitoyables de la ”civilisation” américaine. Ou comment faire de l’argent avec des répliques d’œuvres naturelles dont la prétendue beauté ne peut en aucun cas rivaliser avec celles qui côtoient  ce lieu kitsch et de mauvais goût. Et encore, on échappe aujourd’hui au pire. Du temps de son « créateur », à la façade de la grotte était adjointe une tête de tricératops en plate, dont la bouche béante faisait office d’entrée ! Strictement aucun intérêt !
 

On est toutefois sur les pas des pionniers,  Mont-Carmel Junction, Orderville, villages ruraux le long de la route qui a conservé quelques aspects de l'époque. Mais la pluie menace ! A Glendale, le plafond des nuages cède. On s'arrête aussitôt pour s'équiper contre la pluie. Mal garés, on se fait insulter par le shérif local d'une amabilité hors normes. Imaginez, un bouseux, doublé d'un flic !
On reprend la route avant qu'il ne sorte le colt.
De là, on monte le long d'un
e large vallée où serpente une belle rivière sans se rendre compte de l'altitude que nous prenons. De vastes collines d'où coulent d'autres cours d'eau cachent l'horizon. Des bisons paissent. La route est parsemée de cadavres de daims ou de chevreuil. La pluie s'avère assez inoffensive. À Hatch, nous tombons sur un bar spécial bikers, associé à un garage Harley Davidson. L'occasion de souffler un peu et d'acheter un bouchon à essence pour Bruno. Pas de chance, le patron n'a pas ce modèle. Il est vrai qu'il est un préparateur plus qu'un garagiste. 2 de ses motos trônent dans la boutique. Nous bavons tous devant elles.

Régine a encore fait des siennes ! Elle a perdu le "pass" qui nous permet d'entrer dans les parcs américains. Bruno s'est résolu du coup à monter sa moto dans le camion de Madjid.

À Long Valley Junction, nous bifurquons vers l'ouest. Les douces et vastes collines prennent du relief se transformant en piémonts couverts d'une épaisse forêt de pins ponderosa. Je songe au contraste saisissant de ces paysages verdoyants et ceux désertiques de notre matinée. Lorsque nous nous engageons dans Red Canyon, nous sommes subjugués par les formes si particulières du relief typique de Bryce. Et nous n'avons encore rien vu ! C'est alors qu'un déluge éclate. Nous filons aussitôt sur l'hôtel. Il pleut si fort que tout le monde se réfugie dans les chambres pour se changer. Je décide de continuer malgré la pluie sur le Canyon. Bruno monte derrière moi. Dominique et Odile nous suivent. La pluie redouble. Du coup, nous ne voyons plus personne, si ce n'est le ranger à l'entrée du parc. A peine la moto garée, la pluie cesse. Le soleil rejaillit. Un, puis deux arc-en-ciel s'illuminent. C'est un véritable miracle qui se déroule sous nos yeux. Une merveille, sublimée par les rayons du soleil couchant qui irisent des milliers de cheminées de fées, dressées devant nous. Selon les croyances des indiens Paiute, ces fins et hauts fuseaux de roches représentaient des personnages légendaires pétrifiés par un coyote !
 

Ce site est si exceptionnel, que le mysticisme est de rigueur. Par son incroyable incongruité, il ne fait pas référence à la nature, qui pourtant nous a donné , ces derniers jours , des preuves de son talent. Les indiens Navajos, naturellement poètes puisque sauvages avaient baptisé ces lieux « le pays de l'arc-en-ciel endormi ». Et il s'est réveillé pour nous ! Les photos ne seraient pas là que je serai persuadé d'avoir rêvé. Je peste contre les géographes américains qui n’ont pas retenu ce nom. Ce nom magique ! C’est, sans doute possible, le meilleur nom que cet endroit puisse porter. Ils ont pourtant préféré l'appeler du nom d'un fermier mormon, Ebenezer Bryce,  qui s'installa en 1875 avec son épouse Mary Anne Park dans ce lieu splendide.

A l’ouest de Bryce, Kodachrome Basin ou Ed Abbey et ses copains « nettoyaient » les sites de prospection en jetant tout ce qu’ils trouvaient en métal dans les puits afin de bloquer le forage « à travers cette merde ».

Le soir, nous choisissons le repas qu'anime un orchestre  country. J'ai encore du boulot avec le blog et je quitte l'immense hall qui sert de restaurant.

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Published by Patrick - dans Chautauqua
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Andrée-Pascale et JeanMarie 23/09/2009 15:28


Quelle abnégation de toujours t'éclipser au moment de l'orchestre de country ! Mais c'est parce que tu sais bien que tu auras le loisir d'en écouter un bientôt...
Quelle merveille que Bryce Canyon, non ?


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