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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 06:39
Départ très tôt ; une fois de plus. Et la perspective d’entreprendre la dernière route ne soulève guère l’enthousiasme. Il fait, en outre, froid, à peine 5° et le soleil ne se lève qu'à peine. N'oublions pas que nous sommes à plus de 2200 mètres d'altitude. Nous reprenons la route parcourue la veille. Derniers regards sur ces magnifiques sculptures naturelles dont les formes me rappellent certains récifs coraliens par leurs élans et leur érection. Et nous replongeons sous le soleil rasant dans la vallée si belle de Glendale.
Arrêt à Mont-Carmel Junction, pour nous soulager de quelques vêtements et accessoirement de la vessie. Chouette, une petite épicerie fait des expressos. Nous nous ruons dessus. Visiblement, le taulier reçoit beaucoup d'européens. La confirmation ne tarde à arriver. Un, puis deux, puis au bout de quelques instants, 6 cars de touristes arrivent... On file aussitôt !
Nous quittons la 89 pour la 9. Aujourd'hui, dernier parc de notre périple, direction Zion : « Le refuge » en hébreu, mais je soupçonne plutôt un mormon d’avoir baptisé le lieu. Ils sont légions par ici, et tout autant religieux que les rabins, si ce n’est plus ! Nous suivons le cours de la rivière Virgin, dont le nom ne reflète pas l'ardeur qu'elle a mis à creuser une faille de 800 mètres de profondeur sur 24 km de long : Zion Canyon. Nous déboulons dans cette vallée dont le fond va peu à peu se transformer en une faille magistrale. Le relief composé de couches stratifiées de diverses roches, schiste, grès, calcaire, argile, produit des textures toutes en courbes que contredisent falaises, éboulis, failles et canyons.
Où que l'on tourne le regard, la palette des couleurs et des formes varie son jeu en mille mouvements. Des splendeurs naturelles que la lumière, l'eau et les pins ponderosa enrichissent... Malheureusement, la petite route du parc est prise d'assaut. Nous sommes dimanche. Tout le monde semble s'être donné rendez-vous ici !
Il est vrai que le parc est un refuge pour les habitants du désert qui enserre Las-Vegas et que nous devons affronter maintenant. Mais avant tout, arrêt déjeuner à Springdale. Une petite ville calme et verdoyante qui a su conserver une douceur et une bonhommie chaleureuse malgré le tourisme de masse qui la fait vivre. Nous décidons de nous offrir un burger, un vrai, celui de l'ouest sauvage (là, je m'emballe...)

Et bien, c'est pas si pire comme dirait ma fille, et en tout cas bien plus mangeable qu'un Mac Do. La viande est tendre et non carbonisée (exploit). Deux steaks hachés, l'un sur l'autre, chacun faisant bien ses 200 grammes, accompagnés de frites, des vraies ! D'ailleurs certaines avaient encore la peau sur le dos. Bref, un régal. Comme quoi, je ne suis pas si obtus que ça !
On a rendez-vous chez le loueur à 16 heures pour rendre nos machines. Il faut repartir. Le plus difficile reste à faire. C'est ici le réel terme de notre périple. Tout ce qui suit, relève de l'intendance. Indispensable bien entendu et pénible, moralement car c'est l'arrêt d'une expérience grandiose et physiquement car on va affronter l'interstate sous 40° ! On arrive sur la 15 un peu au sud de Cedar-City. Je me souviens que dans ce patelin paumé de l’Utah, Sam Shepard écrivit un soir de l’année 1980 ce poème

Les monts Wabach rougeoient dans la nuit
Bruits base-ball : les minimes sous les projecteurs géants

Les acclamations se répercutent sur le flanc de la montagne
Nous traversons le ruisseau à pied

Les peupliers bruissent doucement au dessus
Nous voyons le match d’où nous sommes

Des gamins qui chassent une balle
La rivière est glacée

Nous découvrons un pont artisanal
Des planches assemblées par des mômes

L’autre berge est sableuse
Des pierres lisses

La montagne domine cette ville
On le sent depuis la rivière


Sam Shepard est un écrivain avant d’être un acteur. Ce poème sans y paraître, est la représentation textuelle de cette impression lassante que laisse l’uniformité de la route en ces contrées. Le terme du voyage n’est peut-être pas aussi étranger à l’importance que je lui donne. Il avait été publié dans un recueil au titre merveilleux « Motel Chronicles ». En fait, de mortelles chroniques, par un écrivain seul le soir dans un motel perdu de l’Ouest américain. Plus loin à St. George, les guides proposent de visiter la cathédrale des Mormons. Je me moque éperdument  du culte de l'église des derniers saints. Je pense plutôt à celle qui se foutait tout autant de telles fadaises car nous longeons le théâtre des exploits d’une jeune femme qui, bien que hors la loi, a conservé une tendresse toute particulière dans l’imaginaire des habitants du coin.
Dans l'après-midi brûlante du 30 mai 1899, cachés dans l'ombre d'un rocher du Cane Springs Canyon, tout près d’ici, Pearl Hart et Joé Boot surveillent la passe. Pearl est vêtue d'une longue chemise de travail grise, tenue par un large ceinturon. Y est glissé un 38. Elle a des bottes au pied et un sombrero cache ses longs cheveux blonds. Elle a tout l'air d'un homme malgré sa petite taille. Lorsque la diligence apparaît, Joé se précipite pour maîtriser les chevaux, un colt 45 à la main, puis visant le cocher, lui intime l'ordre de lever les mains. Pearl a déjà ouvert la porte de la diligence et braque son révolver sur les passagers. Puis par des petits mouvements de la main, leur intime l'ordre de descendre. Elle évite de parler afin de cacher son sexe. Elle leur fait comprendre de vider leurs poches et ramasse près de 400 $. Les victimes raconteront plus tard, qu'elle restituera à chacun d'eux 1$ afin qu'ils puissent se loger et se nourrir le lendemain. L’affaire a été rondement menée. Pearl et Joé s’emparent de la carabine du cocher, sautent sur leur chevaux et s'enfuient vers les Mud Mountains. Las ! Ils avaient oublié d'étudier un plan de fuite sérieux et se perdent rapidement. Pire, ils laissent des traces. Un détachement de poursuivants sous le commandement d'un shérif qui connaît tout autant son affaire que la région est au bout de quelques jours sur leurs talons. Les braqueurs se font prendre une nuit, endormis près d'un feu de camp. Si Joé ne fait aucune difficulté pour se laisser entraver, Pearl au contraire se débat comme une tigresse relatera un article du Tuscon Citizen.
Pearl Hart est une belle jeune fille née en 1871 dans l'Ontario, brune aux yeux azur, petite, un mètre cinquante à peine, elle est séduite par un joueur de tripot à la réputation d'arnaqueur mais si beau parleur. Elle n’a alors que 16 ans et est pensionnaire dans une école religieuse. Elle réussit toutefois à s'enfuir avec lui. Du fait de son âge, elle est aussitôt recherchée par la police. Mais les épousailles des fugitifs y mirent un terme, temporairement... Courant de ville en ville, de combines en entourloupes, ils furent heureux pendant quelques temps. Mais l'époux s'avéra volage, alcoolique et parfois violent. Pearl supporta ces adversités ponctuées de séparations et de réconciliations, de douleurs, souvent physiques et de bonheur. Les naissances successives d'un garçon et d'une fille ne changèrent rien à la désagrégation du couple. La dérive itinérante du couple obligea Pearl à confier les bébés à sa mère.
En 1893, lors de la  World's Columbian Exposition de Chicago, Pearl rencontre un cow-boy du Wild West Show de Buffalo Bill. A la clôture de l'exposition, Pearl quitte son époux et saute avec son nouveau compagnon dans un train pour le Colorado. C'est l'époque de la ruée vers l'or. Des concessions s'ouvrent un peu partout, des villages naissent du jour au lendemain. Le nouveau couple se sépare. Pearl trouve un emploi de cuisinière dans la petite ville minière de Trinidad. A l'occasion, elle complète ses maigres revenus par des services à la personne plus intimes. Puis quand l'or fait défaut, elle change de villes, de concitoyens. Libre comme l'air, elle savoure son indépendance, repoussant toutes les limites, s'adonnant à l'alcool, à la morphine, fumant le cigare. Elle est l'égale de l'homme, jurant comme lui, et, si nécessaire, luttant contre lui. Lorsque les ressources minières s’étiolent, Pearl possède quelque argent de côté, mais plus de travail. Elle est dans la bourgade de Mammoth, lorsqu'elle reçoit une lettre de sa soeur lui annonçant que sa mère est au plus mal et qu'elle ferait bien de rappliquer si tant est qu'elle désire lui parler une dernière fois. Pearl n'a dès lors plus qu'une idée, réunir au plus vite suffisamment d'argent pour s'offrir un billet de train pour l'Ohio. Ses économies ne suffisent pas. Elle imagine divers plans avec son compagnon d'alors, le dénommé Joe Boot. Aucun n'est satisfaisant, et tout deux se résolurent finalement à braquer une diligence.
Ce sera le fiasco de Cane Springs Canyon
Pearl est incarcérée à la prison du comté de Pima, Joé à celle de Florence. Pearl acquiert alors une grande notoriété, dans le comté mais également bien au delà. Des journalistes de New-York font même le déplacement afin d'obtenir une photo ou une interview. Pearl est aux anges, d'autant qu'en devenant une célébrité, ses conditions de détention s'améliorent. Les notables locaux comprennent vite que la jeune femme présente de nombreux avantages pour le comté notamment en matière de communication... Par son charme, sa jeunesse, sa beauté et sa joie de vivre, elle propose un portrait tout à fait opposé à celui des habituels truands de grands chemins. Toutefois, Pearl redoute quelque peu l’affrontement avec la justice, d'autant qu'elle espère encore pouvoir retrouver sa mère. Aussi, séduit-elle un des prisonniers dont la bonne conduite lui a donné quelques privilèges et avec son aide, réussit à s'échapper.  Elle n'ira pas loin et est reprise au bout de quelques jours. Sa notoriété pouvait être, dans certaines circonstances, un handicap.

Lors de son procès, où elle doit répondre de vols, elle joue sur la séduction des jurés, invoquant sa position de femme seule dans une société d'hommes, tentant d'acquérir un peu de pitié en rappelant que le mobile du crime est un retour au chevet de sa mère mourante... et ça marche ! Les jurés la déclarent innocente. Le juge est, quant à lui, furieux. Il trouve la parade en portant l'accusation sur la menace d’une arme à feu sur les victimes. Rien ne peut dès lors y faire. Elle est condamnée à  cinq années d'incarcération à la prison territoriale de Yuma. Elle s'en tire bien, Joé de son côté est condamné à 30 ans de prison, qu’il n’effectuera pas du reste, s’échappant quelques mois plus tard et disparaissant à jamais.
Pearl également ne passera que quelques mois en cellule, un cachot de 2,5 mètres sur 3 creusé dans la roche ; la prison est construite sur le flan d’une colline. Elle est en effet libérée sur parole pour grossesse car, profitant de sa notoriété, elle menace de faire un scandale. Il est vrai que les seuls hommes qui l’ont approchée sont ceux qui travaillent dans l’enceinte de la prison ou quelques membres des autorités locales ainsi que le gouverneur et le pasteur. Plutôt qu’un scandale politique, autant qu’elle disparaisse. Sa peine est donc commuée en bannissement de l’état de l’Arizona. Le plus drôle de l’affaire est qu’il est probable que l’enfant attendu n’était qu’une simulation. Toujours est-il qu’elle rejoint à nouveau la troupe de Buffalo Bill chez qui elle jouera son propre rôle d’outlaw.
Elle s’installe en 1904 à Kansas-City, où elle sera de nouveau arrêtée. Sous la couverture d’un honorable commerce de tabac, elle est soupçonnée de diriger une bande de pickpocket. La charge ne tiendra pas. Il est temps pour elle de songer au repos de la guerrière. Les chroniques des faits divers l’oublient. Le temps passe et près de 40 ans plus tard, il est avéré qu’elle est mariée avec un propriétaire de ranch du Côté de Globe, au sud de Flagstaff. Elle était donc revenue en Arizona ! Elle décédera en 1960 et sera enterrée en toute discrétion, à côté de son mari dans un cimetière de Hayden, une bourgade du coin.
Qui était Pearl Hart ? Et qui peut affirmer avoir connu sa véritable personnalité ? Femme sentimentale, catin rusée, féministe fumant le cigare, hors-la-loi réputée pour avoir réussi la dernière attaque de diligence de l’Ouest, mythomane ou conteuse d'histoire talentueuse ? Peut-être tout cela à la fois ? Quoiqu'il en soit, sûrement une personnalité complexe et attachante et qui plus est, femme d'une rare beauté. Une chose est certaine, passionnée à  un point telle qu'elle ne pouvait concevoir quelque prudence, sa vie aventureuse la fit connaître tout autant pour ses crimes que pour son rejet des mœurs sociales de l'époque.

Nous nous arrêtons fréquemment car la chaleur est difficilement supportable. Même l'air qui envahit tout, à moto, est brulant. On se demande comment les motos tiennent. Le pire est lorsque les énormes camions nous dépassent, bien au delà  de la vitesse règlementée, nous balançant des claques d'air brulant et vicié ! Quand je pense que l'on a commencé notre périple sous des déluges d'eau et que l'on termine par la sècheresse et le soleil de plomb, ce voyage est bien plus qu'une initiation. Il est notamment pour Aimcy, qui montait pour la première fois sur une moto,  un saisissant raccourci sur la vie du motard.
Aldo Leopold, dans « Almanach d'un comté des sables » définit son éthique environnementale par ces mots auxquels je tente de souscrire, jour après jour : « une action est juste, quand elle a pour but de préserver l'intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est répréhensible quand elle a un autre but. ». En quittant le désert pour nous diriger vers Végas, je me rends compte du reniement exercé. Je file tout droit vers un monde factice où la nature humaine se réduit au consumériste ; absurdité d'une ville dont l'existence repose sur le  gaspillage de l'eau et de l'énergie dans l'irrespect le plus total d'une nature vouée au dénuement. Ineptie mégalomane de le folie humaine qui s'obstine à bâtir sur le superflu et l'aléatoire du jeu et du fictif. Et dire que ces lieux symbolisent le rêve d'une majorité, aux pieds des merveilles naturelles que l'on vient de quitter
Je n'ai pas envie de parler de Vegas. On y rend les motos, et c'est un vrai déchirement. Je suis vanné ! Je n'ai qu'une envie, dormir un peu. L'hôtel est une folie, les gens qui y sont ne m'intéressent pas. D'ailleurs, je ne les intéresse pas non plus. La seule chose qui a quelque importance peur eux est cette vitre où défile, numéros, symboles et couleurs sous une chappe de bruits.

Autant vous laisser là. Je suis dégoûté, et ne veut pas terminer par un autre mot que celui que m'inspirent les parc américains :
grandiose

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Published by Patrick - dans Chautauqua
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commentaires

Thierry KASTEL 30/09/2009 18:11


Merci pour ce beau récit, je suis le frère de Brigitte votre infirmière Biker, et grace à vous j'ai pu complèter les propos de la petite famille qui vous accompagnait.
Demain je visionne les photos que Brigitte a prises et nous vous en ferons parvenir sur votre adresse E mail privée. Peut-être que cela vous inspirera pour un chapitre supplémentaire! ...........
Cordialement, bande de sauvages...


Jean-Sébastien Cloutier 30/09/2009 17:57


Bravo à vous deux pour cette grande aventure accomplie! Et merci de nous avoir fait vivre votre voyage ainsi. J'ai beaucoup aimé lire vos récits. Et j'aimerais beaucoup être en France pour vous
entendre le raconter de vive voix!

À bientôt j'espère,

Amitiés,

Bisous. Je pense à vous et à la famille,

Jean-Sébastien


Andrée-Pascale et JeanMarie 23/09/2009 15:20


Je sais bien que vous êtes rentrés, mais hier, en fin d'après-midi, rien n'apparaissait encore sur le site. A quel hôtel étiez-vous à Las Vegas ?
Sympa la biographie de la Calamity Jane de Zion...
Je vous laisse, il faut que je lise la suite


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