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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 18:49

Se trouver pour la première fois face à une Harley Electra Glide procure une sensation que j’imagine volontiers être celle d’un gamin s’apprêtant à débourrer un étalon. Certes, l’image est relativement osée car l’Electra Gilde n’a pas vraiment l’aspect d’un pur-sang arabe mais plutôt d’un boulonnais. Quoi qu’il en soit, on se demande bien comment enfourcher la bête. Surtout lorsqu’on doit faire confiance aux 3 vis plantées dans la tête fémorale d’une jambe astreinte à tenir ce corps mal foutu lors de cet exercice périlleux. Tout est dans la retenue… d’un geste radical. Bien viser, heureusement la selle est large. Se lancer franchement, tout en contrôlant l’énergie déployée. Il ne s’agirait pas de basculer de l’autre côté et provoquer les rires des bikers du cénacle qui, quoi que vous fassiez pour préserver cette discrète prise en main, sauront qu’un petit frenchy s’essaye au « kick on Harley » sans les attributs indispensables, gros bide, tatouages, barbe en buisson, culotte de cuir et autre bandana ou persings… Ce n’est pas mon embonpoint qui me fera passer pour l’un d’entre eux. Ridicule, quoi !

Aussitôt le cul sur la selle apparaît l’effroyable vérité ; non de non, j’ai vraiment des jambes de nabot… Difficile de poser les deux pieds à terre. Si le talon touche d’un côté, de l’autre, il flotte dans le néant. Heureusement, mes 1m70 autorisent toutefois l’extrémité de mes doigts de pieds à gratter un sol fuyant. Moquez-vous, riez si vous voulez, mais ce n’est pas un détail ! Ma douce et tendre va devoir monter également ; de tout son poids, sur l’un des côtés, puis de tout son poids, sur l’autre ! Faut bien qu’elle bascule pour s’asseoir… Et son poids, c’est quand même du poids (te vexes pas chérie, je t’en prie, j’explique…). Je dois donc contrer ce brusque mouvement de bascule par une retenue à droite puis dans une synchronisation parfaite jeter toute mon énergie dans la retenue à gauche… Vous suivez ? Pas de mal de mer ? Le plus simple, avec l’expérience, est de toujours avoir la moto sur sa béquille lorsque le passager doit monter. Puis avec son aide, une grande confiance et une synchronisation éprouvée – les vieux couples savent exercer ce type de mouvement rythmique -  de basculer la moto afin de la stabiliser sur ses roues. Heureusement, le poids, la largeur des roues et l‘équilibre générale de l’engin lui octroient un centre de gravité très bas générant un équilibre large et une tenue aisée. Vous me direz, c’est un peu normal au vu du bide de la bête. Ca déborde de tous côtés… 9a oblige d’écarter les jambes, ce qui dans mon cas, aggrave l’amplitude de l’angle que devraient former mes 2 pieds avec la roue avant ! La taille des calles pieds, taillés pour des planches de surf, amplifie l’écartèlement. L’angle n’est plus qu’une belle droite, et la silhouette générée provoque l’esclaffement généralisé de la troupe des affranchis bikers qui s’est quelque peu amplifiée. En plus ça tiraille du côté des adducteurs ! Faut pas rester ainsi des heures ! Vite, démarrer ! Mais pour cela, il faut avant tout rabattre cette foutue béquille qui vous nargue… bien au delà de votre portée ! Il y a sans conteste des vicelards cher Harley. Je glisse la fesse sur la selle, je baisse le guidon en sens inverse, un petit tour de rein et cette foutue pièce toute chromée est saisie par miracle. Rapport aux bikers qui me surveillent, je ne préfère pas vous raconter lorsqu’elle est plantée dans un sol mou !

Enfin, c’est fait ! Un coup d’accélérateur et en attendant que l’air chaud vienne sécher la sueur accumulée, on peut souffler, se lâcher tous les muscles, sauf un, le doigt qu’on adresse aux bikers encore hilares, et demander à Madame un petit massage des reins. Comme quoi la Harley ne s’apprécie qu’en roulant.

Ceci dit, faut bien s’arrêter, parfois ! Lorsque le sol était sain, je ne prenais pas de précaution particulière. La stabilité de la moto nécessitant un seul point d’appui, je n’avais pas à planter mes 2 pieds par terre. Lorsque ce n’était pas le cas, et Dieu sait que la 66 de ce point de vue nous a tout montré, il fallait impérativement avoir suffisamment d’espace pour bien choisir sa piste d’atterrissage. Le problème n’étant pas tant de s’arrêter, que d’avoir à repartir et anticiper la délicate mission du démarrage comme je viens de vous le relater. Surtout lorsque on envisage de baisser la béquille. Un sol légèrement en pente dans le sens de la marche et cet accessoire ne suffit pas à retenir la moto entraînée par son poids. Autre danger, une surface instable de sable ou de gravier avale goulûment ce facteur de sécurité entraînant la chute de l’engin. Tour de rein garanti si vous êtes seul pour la relever… ou coup de gueule pour rameuter les bikers du cénacle qui se foutaient déjà de vous au départ, afin qu’ils vous donne un coup de main… Comme quoi le doigt levé était tout à l’heure une mauvaise idée !

La Harley est tout sauf ramingue. Elle répond au quart de tour à la moindre commande de son cavalier. Sa forme ensellée lui confère une assise confortable et un centre de gravité bas facilitant sa tenue. Ah oui, pardon, je l’ai déjà dit. Dès que les roues tournent, on pénètre dans une toute autre dimension où ne sont admis que facilité et plaisir. Les quelques reproches que je pouvais lui adresser lorsque mes pieds tentaient de toucher le sol sont dès lors oubliés. Et puis après tout, j’avais qu’à être taillé plus long !

Cette moto est un fauteuil 1ère classe sur roue. Même la première journée – plus de 500 bornes sous une pluie torrentielle et un blizzard à décorner une trottinette japonaise – ne m’a pas laissé une once de courbature. Ca file tout droit, ça répond à la moindre sollicitation du poignet ou du pied, et la tenue de route ne laisse aucune suspicion venir gâcher le plaisir. Le moteur est sans doute la source majeure de ce fleuve de tranquillité. Sa souplesse et telle que lorsque le sélecteur principal de vitesses céda, je démarrais aussi bien en première qu’en cinquième, sans le moindre rechignement de cette belle monture. Cette souplesse du moteur est appréciable – et particulièrement appréciée lorsque nous avons quitté les interstates aux lignes droites interminables pour les petites routes de montagne. Virages, côtes, épingle à cheveux, la belle se joue de tout. Sur sa selle, le pilote jubile, en toute confiance, en pleine extase, d’autant que le spectacle que déroulent les paysages est de toute beauté. On touche alors le vrai bonheur. La Harley est un mythe justifié. Désormais, je rêve d’en posséder une.

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Published by Patrick - dans Bilan
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