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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 06:34

De Irving à Amarillo, soit 576 Km

Très mauvaise nuit, avec les turpitudes du décalage horaire. J'ai commencé à me réveiller à 2h du mat, puis sans arrêt depuis. Dehors, la pluie continuait de lessiver le sol. Avec la folie des néons ça rutile de partout . C'est à qui plantera la plus imposante lumineuse devant le lieu de son activité. Heureusement qu'il y a de l'espace pour conserver quelques points d'ombre. A 5 heures, il était temps d'en finir et je me suis levé pour venir constater quelques visites du site.

A l'heure du départ (7h45), le ciel est plombé et il pleut toujours. Régine et Bruno ne sont guère équipés pour ce temps de … Régine préfère utiliser le camion. Lâcheuse !

On passe le long de quelques patelins en banlieue, Decatur, Alvord et sur la Sunset, Fruitland, Bowie, Bellevue, Henrietta et enfin Wichita falls qui annonce une première pause. Aquelques miles au sud de Wichita Falls, la petite ville d’Archer-city où fut tourné le film « la dernière séance » de Peter Bogdanovitch. Ce n’est pas ce tournage qui l’a rendu célèbre, mais plutôt le reportage « Splendor in the short grass » que Grover Lewis écrivit à cette occasion pour le magazine Rolling Stone. Une phrase résume l’affaire « une bourgade à vaches sur le déclin nommée Archer City ». L’auteur n’était pas plus charitable envers le Texas qu’il qualifiait de « pays de bouseux et de pistoleros amateurs de chili ».

Passé Wichita Falls, la pluie redouble. On ne voit pas à 20 mètres. Je m'imagine Aimcy « mais qu'est-ce que je fous là »... C'est dans un nuage d'eau que l'on traverse Pleasant Valley puis Iowa Park. Sam Shepard s’associe à Grover lewis en écrivant dans « Motel Chronicles » ce jugement sur ces contrées « c’est plus chaud que l’enfer. Ca pue la merde. Et tout le monde est démodé ». Quand l'eau se fait plus discrète, les paysages apparaissent comme figés sous cette pale lumière blafarde et la platitude du terrain. Il faut se persuader que nous progressons sur cette étroite latte rectiligne de bitume qui balafre une prairie atonique. La route prend l’allure d’un canal aqueux se perdant dans l’horizon. Parfois sur le haut d’une colline ou sur le gallon d’un bosquet, une ferme, une grange, abandonnée, délabrée, rasée, par l’inflexible vague des firmes de l’agro-alimentaire. Le vide est palpable. En fait, en y songeant, c’est aussi chiant que la Beauce. Pensée fugace à mon quotidien motocycliste, la file de la mort des périphériques parisiens surchargés de véhicules ; on est quand même mieux ici, même avec ses monstres sur une bonne vingtaine de roues que la pluie n'aveule pas. A notre passage, des bourgs s'estompent dans la bruine que nos roues renvoient sur nos côtés. Electra, Harrod, Oklaunion. Arrivée enfin à Vernon pour y déjeuner, au Catfish. On a beau se secouer, de l'eau coule toujours à nos pieds.


Repas terne. La même salade, des sauces vendues sans doute dans des bonbonnes. Et une escalope pannée au maïs de viande de poulet hachée noyée dans de la sauce béchamel. Je ne parlerai pas du desert, le vous le montre


J'oublierai vite.


Quand nous repartons, il pleut toujours, même si un peu de luminosité transparait. Tolbert, Chillicothe, Quanah Un patelin dont le nom rend hommage au fils d'une américaine enlevée lors d'un raid indien. Adulte, il fut chef d’une tribu avant de rejoindre ses frères de race en se lançant dans l’élevage de chevaux. Il accepta finalement sa dualité culturelle en devenant juge de paix pour les tribus des réserves avoisinantes.

Aimy aura tout eu pour son premier jour de motocyclette ! Heureusement qu'il ne fait pas froid. Elle échappera au moins à cela. On voit mieux les patelins traversés. Dommage, y-a rien à voir. Acme, Goodlett, Kirkland, je les cite, mais ils peuvent être oubliés ! Nous scrutons le ciel toujours aussi plombé en espérant apercevoir une zone de clarté. Cela m'a fait penser à l’anecdote que rapporte Audubon concernant un vol de pigeons Ectopistes qui lui cacha le soleil pendant trois jours. Cette espèce américaine de pigeon voyageur comprenait plusieurs milliards d’individus au XIXe siècle. On parlait dans les années 1870 de l’exploit d’un chasseur qui en tua 3 millions. L’espèce a aujourd’hui totalement disparu. Le dernier ectopiste est mort en 1914, dans un zoo.   A propos d'animaux, beaucoup de cadavres de Tatous sur les bas-côtés. A Childress, c'est Kérouac qui me revient en mémoire. Au cœur de cette région, il évoque Monte-Carlo, Cagnes sur Mer et les paysages azurés près de Menton… sans doute plus édéniques que ces plaines chuintant d'un espace gorgé d'eau, luisant et miroitant« parmi les herbages balayés par les vents, qui seulement quelques années auparavant, ondoyaient autour d’un campement de tentes de bison. Maintenant il y avait des stations d’essence et des juke-boxes 1950 dernier cri, avec d’énormes capots surchargés d’ornements et de fentes à dix cents et d’horribles chansons ».

Un demi siècle plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Nous nous arrêtons dans un magnifique relais pour routiers. Quelques photos et on repart. Le vent est toujours là, mais la pluie s'est calmée.

 


Carey, Estelline, Newlin, Memphis, Giles, Hedley, Lelia lake et enfin Clarendon ou nous nous décidons de nous arrêter à nouveau. Erreur ! C'est là que mon sélecteur de vitesse me lâche, coincé en 5e. Ca devient quelque peu galère cette histoire. Personne ne peut nous dépanner. Tant pis, on va tenter sans ! Je libère Aimcy qui pourra continuer avec nos camion accompagnateur. Je passe devant, au cas où ! Nous longeons sur main gauche, à l’intérieur des terres, le Palo Duro Canyon. Un lieu de sinistre mémoire ; en 1874, le canyon vit la dernière grande bataille des Comanches. Guerriers insaisissables, se fondant au milieu des plaines infinies, ils ne semblaient pas craindre l’homme blanc. Mais traqués sans relâche par l’armée, ils ne devaient leur salut qu’à de continuels déplacements. Ils furent surpris là au fond de ce canyon ou ils avaient dressé leur camp. Un ancien général de la Guerre de Sécession, le colonel Ronald Mackenzie, fut prévenu de leur présence par hasard. Sachant parfaitement qu’il n’avait pas les forces nécessaires à un affrontement direct, il ordonna à ses hommes de s’approcher le plus silencieusement possible. Puis, profitant de la nuit, les militaires descendirent les parois abruptes du canyon. Au petit matin, ce fut l’attaque, ou plutôt le massacre… des chevaux au préalable, question d’éviter la fuite de l’ennemi, et la dévastation des équipements. Les Comanches durent se rendre. Tout était fini pour cette grande nation.

Le Palo Duro Canyon, n’a pas oublié. Sous le soleil – parait-il, je ne peux pas l'affirmer - les roches réveillent leurs tons rouges, jaunes, bleus… dans une évocation de la bataille ; indiens cernés de flammes sous le feu de la cavalerie US… Les texans ne voient rien ! Alexis de Tocqueville, avec une géniale prémonition, écrivait enaoût 1831 « Un peuple antique, le premier et le légitime maître du continent américain, fond chaque jour comme la neige aux rayons du soleil, et disparaît à vue d’oeil de la surface de la terre. Dans les mêmes lieux et à sa place, une autre race grandit avec une rapidité plus surprenante encore ; par elle les forêts tombent, les marais se dessèchent ; des lacs semblables à des mers, des fleuves immenses s’opposent en vain à sa marche triomphante. Les déserts deviennent des villages, les villages deviennent des villes. Témoin journalier de ces merveilles, l’Américain ne voit dans tout cela rien qui l’étonne. Cette incroyable destruction, cet accroissement plus surprenant encore, lui paraissent la marche habituelle des événements de ce monde. Il s’y accoutume comme à l’ordre immuable de la nature. ».

Je surveille le ciel. On est dans la « tornado Alley », et par ici, la moyenne s’établit à une vingtaine de tornades par an. En général, la tornado alley migre vers le sud avec le refroidissement automnal canadien. En somme, au dessus de nos têtes….Après tout ce que l'on vient de vivre, ce serait le combre… Le pire danger est l’envolée de ces putains de panneaux publicitaires dont la propension à l’exercice de la guillotine est une véritable addiction. Ashtola, Goodnight, Claude, Washburn, Pullman Et enfin la , version moderne de la En approchant des faubourgs d'Amarillo, la 60, dans son tronçon appelé Woody-Guthrie, s'approche de la inexorablement. Woody, l'enfant de la grande dépression, la voix des déshérités, le symbole des hobos, ces vagabonds du rail qui par centaines de milliers sautaient de wagon en wagon à la recherche de lendemains éloignés de la famine et du désespoir. Woody, texan haïs par ses semblables, parfois même oublié... Woody, qui d'ailleurs ne se faisait aucune illusion sur la reconnaissance de ses compatriotes en ironisant « Trois choses se sont ébattues sur les plaines de nord du Texas dans les années 30 ; la grande dépression, les tempêtes de poussière et... moi. Woody qui rendait hommage à John Steinbeck en écrivant la chanson The Ballad of Tom Joad après avoir vu le film


Enfin Amarillo. Sortie 74. On est arrivé ! Ouf ! On loge et on dîne au « Big Texan Steak Ranch », Le symbole majeur du kitch texan. Voir les photos... Dans notre chambre, une tapette sur la table ne laisse aucune illusion sur l'autre animal emblématique du pays.


Le soir, nous allons dîner au fameux restaurant connu pour son steak de deux kilos et le symbole de la connerie qu’il cultive ; l’addition est offerte au dégénéré qui le mangera en moins d’une heure. Un type s'y essaye, sous les applaudissements ! L'heure passe et il est encore loin d'avoir terminé. Tout aussi têtu que con, il continue à manger sa viande;..Une énorme limousine blanche passe en silence ; des cornes de Longhorns attachées au capot avant ! Adjacent à un motel, une piscine prend la forme du Texas. Faut-il être américain pour trouver quelque satisfaction dans ce folklore ?


Amarillo fut bâtie en 1887 pour des besoins ferroviaires. Elle devint en une petite dizaine d’année le plus grand marché aux bestiaux du pays. Amarillo est bien la seule étape texane d'importance sur la "route-mère". En 1893, Amarillo avait environ 500 habitants et 50 000 bovins. À la suite de la découverte du pétrole en 1920, l’or noir devient l’une des ressources essentielles de la ville. Actuellement, elle connaît un nouveau bonheur qui émane du tourisme.

  • On se demande bien pourquoi…(voix in petto)

  • Amarillo est connu pour le site Pantex où sont démantelées des armes nucléaires prétendument obsolètes.
  • On se demande comment…(voix in petto)

  • Aujourd'hui, 175 000 personnes vivent à Amarillo. Le nombre de vaches n’a pas baissé !

 

On se demande d’ailleurs si le feed-yard - cet espace clos, où la naissance, la vie et la mort du bétail sont automatisées - n’a pas été adapté aux humains. La seule différence est peut-être l'odeur, celle des vaches est atroce. Mais n’est-ce pas voulu, afin de cacher celle de la mort, plus néfaste à la tendresse du steak ? Le quart des besoins de viande des Etats-Unis provient d’ici. C’est dire l’ampleur des émanations pestilentielles !

  • Comment peut-on vivre ici ? (voix in petto)

Amarillo est aussi le symbole de la pusillanimité et de l’hypocrisie américaine. L’interstate 40 que traverse la ville est une frontière. D’un côté un "dry counties", de l’autre, un "wetcounties". Autrement dit, sur le côté sud, pas d’alcool, dont la vente a été déclarée illégale que ce soit en magasin comme au restaurant, de l’autre, aucune restriction. Pas la peine de faire un dessin de la rue, les commerces sont sur le côté nord ! En dehors des puritains aimant dîner en buvant du Coca, on peut bien se demander qui circule sur le trottoir "dry" !

Allez une dernière image... positive.

 

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Published by Patrick - dans Chautauqua
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commentaires

Daniel 18/04/2010 11:47


Si vous aimez pas les USA, leurs Habitants et leurs façons de vivres... fallait peut-être pas y aller ???


Burtin Chantal 14/09/2009 08:25

Bonjour aux voyageurs, Je lis avec plaisir votre blog et voyage avec vous - plus au sec et plus confortablement, c'est sûr! J'attends avec impatience la suite de vos pérégrinations. La Route 66 vécue en direct et sans soleil, c'est du jamais lu pour moi! Garder le moral, et bravo Marie-Claude, je ne sais pas si j'aurai eu le cran de m'assoir à l'arrière de votre monstre à deux roues. Good run and read you soon!

monique pearce 13/09/2009 16:42

Marie-Claude, bravo pour le sourire! Patrick, attention à l'ulcère psychosomatique! Tu ne t'attendais quand même pas à trouver des succursales du Louvre sur la route 66? Ou de la nouvelle cuisine?
Et puis ce que tu dis sur la Beauce, ça ferait beaucoup de peine à Péguy (Charles). Quoi que...
Allez courage!

Andrée-Pascale et Jean-Marie DESICY 13/09/2009 10:34

Bonjour, mes chéris,
Patrick je sens comme de la désillusion, voire de l'amertume dans tes propos... Mais je constate que ma copine MC a toujours le sourire, contre vents et marées, comme on dit. Allons : est-elle réparée cette moto ? Le temps va bien finir par être de votre côté, et puis, quant aux steaks, il fallait t'entraîner avant de partir, c'est tout. J'espère que les "galères" sont finies et que vous allez pouvoir vous faire vraiment plaisir. Gros bisous (big kisses) de nous deux AP et JM

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